De la source de l'art musical au bazar d'Asnières
Une histoire en trois actes : un label fondé au Maroc en 1959, trois fils partis pour l'Europe, et un bazar à Asnières où tout continue. Depuis le début, le même métier : apporter le Maroc à ceux qui en sont loin.
« Boussiphone, source de l'art musical »
À Casablanca, le père de la famille Boussif aime la musique plus que tout. Dans les années 50, le Maroc écoute l'Égypte et le Liban : les grandes voix viennent d'ailleurs, et personne n'enregistre les artistes du pays. Il décide de changer ça. Il fonde Boussiphone pour enregistrer et éditer les musiciens marocains, des grands orchestres de Casablanca aux chanteurs des villages de l'Atlas, du Souss et du Rif.
Dans les cinémas du royaume, avant le film, une phrase s'affiche à l'écran : « Boussiphone, source de l'art musical ». Le mot circule. Les musiciens viennent. Un étage de la maison familiale leur est réservé : certains y vivent des semaines, le temps d'un disque.
« Nous étions à la source des choses, et nous aidions les choses à s'épanouir. »
L'un des fils du fondateur, Bruxelles, 2017

La première presse à disques du Maroc
La famille importe d'Europe une presse à disques et ouvre l'usine Africson, « Industrie africaine du son », à Casablanca. Studio, pressage, pochettes : tout se fait sur place. Quatre camions équipés de haut-parleurs sillonnent le pays pour livrer les disques et faire entendre les nouveautés sur les souks.
Les bonnes années de récolte, on presse plus de disques : les gens ont le cœur à la fête. Le catalogue grandit jusqu'à compter au moins une chanson de presque tous les artistes, groupes et comédiens de l'Atlas.


La musique du pays suit ceux qui partent
Le fondateur passe la main à ses fils. Trois d'entre eux traversent la Méditerranée : Hassan et Miloud s'installent en région parisienne, Abderrahim en Belgique, là où des milliers de familles marocaines viennent de poser leurs valises. Ensemble, les trois frères développent l'activité en Europe. Un seul métier les suit : faire voyager la musique du pays jusqu'à ceux qui en sont loin.
En région parisienne comme à Bruxelles, les boutiques Boussiphone deviennent des repères. On y trouve les cassettes qu'on n'écoutait qu'au pays, puis, à partir des années 80, les films et les cassettes vidéo de Boussivision. Chaque pochette porte les adresses des trois villes : Casablanca, Paris, Bruxelles.



Ils sont passés par Boussiphone : Nass El Ghiwane · Lemchaheb · Rais Haj Belaid · Si Daty & Mounina · Hajja Hamdaouia · Cheb Khaled · Cheb Mami.
Le dernier chapitre s'écrit à Asnières
C'est boulevard Voltaire, à Asnières, que l'histoire se pose pour de bon. On vient d'abord pour une cassette ou une vidéo. On repart avec du thé, des épices, une théière, un tissu. Petit à petit, la boutique devient ce que la diaspora cherchait depuis toujours : un endroit où l'on retrouve tout le pays sous un même toit.
Quand le disque s'efface devant la parabole puis Internet, le métier ne change pas. Boussifreres continue d'apporter le Maroc à Asnières : dattes et fruits secs, huiles d'argan et savon noir, tajines et verres à thé, encens, décoration, et tout ce qu'il faut pour les fêtes.


Trois générations, une même adresse
La deuxième génération de la famille Boussif tient toujours la maison, et la troisième a pris le relais au comptoir et en ligne. Le bazar est ouvert tous les jours, de 10 h à 20 h, et vous pouvez désormais commander sur le site et retirer vos achats en boutique.


Sur chaque produit, vous trouverez son nom en arabe. C'est notre façon de rester fidèles à la source : chez nous, le thé s'appelle aussi أتاي, et le tajine طاجين.
Boussiphone, source de l'art musical. Boussifreres, source du Maroc à Asnières.
Merci à tous ceux qui, depuis 1959, poussent la porte de nos boutiques. شكراً
